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Abeille

L’homme s’est toujours intéressé à l’abeille, notamment par intérêt économique. Mais au-delà de la production de miel et de cire, l’abeille est un insecte qui fascine par la complexité de ses comportements sociaux.

L'abeille la plus connue et la plus étudiée est l'abeille domestique ou abeille mellifère (Apis mellifera). Son nom signifie "qui fabrique du miel".

L’abeille, membre de la super famille des Apoïdés (Apoïdea) est un insecte qui se nourrit de pollen et de nectar. Elle est donc étroitement liée aux plantes à fleurs.

L’abeille : une longue évolution

Les premières abeilles sont apparues, il y a plus de 100 millions d’années, quand les fleurs ont fait leur apparition.

Les plus anciennes abeilles connues sont parvenues jusqu’à nous en parfait état de conservation, prisonnières dans l’ambre.

Insecte fossilisé dans l'ambre

Un insecte fossilisé dans l'ambre oligocène de la Baltique. © Liverta

Ces insectes vivaient dans l’actuelle région de la Baltique au cours de l’Eocène supérieur (environ 70 millions d’années).
Les formes fossiles appartiennent au genre éteint Electrapis. Ces fossiles sont très proches de l’abeille mellifère actuelle qui est sophistiquée.
On suppose donc que l’évolution des abeilles remonte beaucoup plus loin. On ne sait rien de l’ancêtre commun de tous les Apoïdés.

Les espèces

Il existe plus de 20 000 espèces d’abeilles. Parmi elles, on distingue celles qui ont adopté un mode de vie solitaire et celles qui ont opté pour un mode de vie en société; ces dernières font partie, pour la plupart, de la famille des Apidés.

Anthidie

Anthidie. Une abeille solitaire. By Aitor Escauriaza

L'anthidie fait provision de pollen et de nectar dans une cavité ou elle va pondre avant de la fermer
par un opercule. La larve se nourrira des provisions déposées à cet effet. L'anthidie de la photo est endormie, dans la position qui leur est caractéristique, fixée par les mandibules à l'extrémité d'une branche.

Parmi celles qui vivent en société :

  • La famille des Bombinés (Bombinae) : notamment les bourdons qui sont des abeilles très velues et bien adaptées au froid

Bourdon

Bourdon. By Eurleif

  • Il faut distinguer les bourdons des faux-bourdons, nom donné aux mâles de l'abeille mellifère. Le bourdon nidifie au sol. Ils remplissent également un rôle important dans la pollinisation des plantes à fleurs
  • Les Trigones et les Mélipones : petites abeilles tropicales dépourvues de dard
  • Les abeilles du genre Apis qui ont une organisation sociale très complexe

Vol de l'abeille

Vol de l'abeille. By Joka 2000

Le genre Apis regroupe trois espèces asiatiques :

  • L’abeille géante (Apis dorsata)
  • L’abeille naine (Apis florea)
  • L’abeille indienne (Apis indica)

Ce genre comporte également l’abeille mellifère (Apis mellifera) qui est l’abeille domestique européenne. C’est elle qui est la plus liée à l’homme et la plus étudiée.

La fameuse "abeille tueuse" (Apis mellifera scutellata) comme l'ont surnommé les journalistes qui se répand particulièrement aux Etats-Unis est le résultat malheureux du croisement entre notre abeille domestique et une sous-espèce sauvage africaine très agressive.

L’organisation sociale

Le nid de l’abeille mellifère, la ruche, renferme plusieurs catégories d’individus.

Les ouvrières : ce sont les plus nombreuses. Ce sont des femelles stériles qui assurent la totalité des tâches non reproductrices :

  • Soigner le couvain (composé des œufs, larves et nymphes)
  • Construire
  • Aménager et réparer le nid
  • Approvisionner la communauté en nourriture et matériaux divers

Abeilles ouvrières

Des ouvrières. By Bothered By Bees

La reine : elle possède un abdomen plus long et plus effilé. Elle est reconnaissable car entourée d’une cour d’ouvrières qui lui prodiguent soins et nourriture. C’est elle qui assure le rôle unique de pondeuse.

Abeille. Reine

Une reine. By Aussie Gall

Les mâles ou faux-bourdons : ils ne sont présents dans la ruche que pendant la période de reproduction. Ils se distinguent des ouvrières par leurs yeux plus gros.

Faux-bourdon

Faux-bourdon ou mâle. © Paul Starosta

Les mâles : des mal-aimés

Seuls quelques rares élus, parmi les milliers de mâles d’une société, assureront la fécondation d’une reine.
Les autres n’ont pas de fonction particulière et, avant l’arrivée de la mauvaise saison, sont rejetés du nid vers une mort certaine ou exécutés à l’intérieur par les ouvrières. Leurs cadavres sont évacués de la ruche.

Le couvain

Le couvain est constitué par les différents stades de développement des œufs. Ces œufs ont été pondus par la reine dans de petites cellules hexagonales en cire, construites par les ouvrières.

A l’éclosion, ce sont de petites larves voraces ressemblant à des asticots blanchâtres. Les larves grossissent.

Larves d'abeilles

Les larves grossissent très rapidement. © Paul Starosta

A la suite de mues successives, la larve va atteindre le stade de nymphe, sorte de momie d’abeille qui elle-même se transformera pour aboutir à l’insecte adulte.

On parle de « métamorphose complète » de l’abeille.

A l’issue de la dernière mue, dite nymphale, l’adulte qui émerge, l’imago, atteint sa taille définitive.

Nid d'abeilles

Zoom sur les alvéoles. By BotheredByBees

Dans une ruche, les couvains de même stade de développement sont regroupés dans des cellules mitoyennes.
La reine pond au fur et à mesure dans les cellules vides. Les cellules restées ouvertes pendant les stades larvaires sont ensuite closes d’un fin opercule de cire.

La carrière d’une ouvrière

Les ouvrières sont spécialisées dans plusieurs tâches. Cette division du travail ou « polyéthisme » est une caractéristique commune à tous les insectes sociaux.

L’âge est un facteur important.

Une jeune ouvrière s’occupe surtout des tâches ménagères à l’intérieur de la ruche : évacuation des déchets, nettoyage du couvain.

A partir du 3ème jour de vie adulte, elle se transforme en nourrice. Des modifications physiologiques importantes s’effectuent. Des glandes dites « mammaires » se développent et produisent la gelée royale.
Les larves en sont nourries durant les trois premiers jours de leur croissance avec un mélange de miel et de pollen.

Abeilles

By Thesix

Elles donneront, ainsi nourries, de futures ouvrières.

Une larve, uniquement nourrie de gelée royale, produira une nouvelle reine.

Vers le 10ème jour, les glandes mammaires s’atrophient. La nourrice devient alors femme d’entretien. C’est durant cette période que dans la partie inférieure de son abdomen se forment d’autres glandes qui sécrètent la cire.

Abeille et cire

Abeille qui sécrète de la cire. By Thesix

Pendant une semaine, les glandes travaillent à plein temps. L’ouvrière se fait bâtisseuse. Elle participe à la construction des cellules formant les rayons.
Certains servent au stockage de la nourriture, d’autres abritent le couvain.

Avant le 20e jour, les glandes cirières régressent. L’ouvrière bâtisseuse devient gardienne à l’entrée de la ruche.
Elle deviendra après quelque temps butineuse.

Abeille ouvrière

Abeille ouvrière. By Aussie Gall

Quand elle aura l’expérience de la vie extérieure, elle se spécialisera dans une mission.
Certaines butineuses ne visitent qu’une seule sorte de fleur pour être plus efficaces dans leur récolte.

Caractéristiques et longévité

Comme chez tous les insectes, le corps d’une abeille est composé de trois parties distinctes :

  • La tête
  • Le thorax
  • L’abdomen

Ces trois yeux simples, ocelles, servent à analyser l’intensité lumineuse. Associés aux yeux composés, ils offrent un champ de vision proche de 360°.

Abeilles

By Max xx

Sur la surface des antennes sont disposées des structures microscopiques qui servent de récepteurs chimiques.

Les pattes antérieures sont dotées d’un crochet qui sert à nettoyer les antennes afin de toujours maintenir le contact entre congénères. Ce sont les pattes médianes qui possèdent une épine servant au décrochage des pelotes de pollen. Les pattes postérieures sont, elles, munies de poils courts qui servent de brosse pour enlever le pollen qui recouvre le corps de l’ouvrière.

Abeille qui butine

Abeille qui butine. By Sashomasho

Seules les femelles ont un aiguillon, situé à l’extrémité de l’abdomen. Il est relié à la glande à poison.

Une abeille peut voler à 30 km/h. Une ouvrière, née l’été, ne vit que 50 jours environ car elle se tue à la tâche. Sa sœur, née en automne, peut vivre 6 mois car l’activité est moins importante.
Un mâle ne vit qu’environ 50 jours. La reine, quant à elle, peut vivre 5 à 6 ans.

Abeille

Très belle photo d'une abeille. By Aussie Gall

La couleur varie selon les sous-espèces. On peut citer l’abeille noire (Apis mellifera mellifera) qu’on trouve en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne ; l’abeille italienne (Apis mellifera lingustica) qui est plus rousse ; l’abeille carnolienne (Apis mellifera carnica) élevée dans les Alpes et en Europe de l’est qui est plus claire.

La reproduction

La reine stérilise chimiquement ses ouvrières. Elle produit une sécrétion ou phéromone appelée « substance royale ».
Les ouvrières absorbent cette substance lors des léchages et échanges alimentaires (trophallaxies).
Cette substance sucrée est très attractive pour les ouvrières d’où cette cour autour d’elle. De plus, elle sert de carte d’identité à chaque reine. Aucune ne sécrète la même.

La phéromone royale bloque le développement ovarien des ouvrières. Cette stérilisation cesse si la reine disparaît.

Si c’est le cas, les ouvrières peuvent à nouveau pondre. Mais, elles ne feront que des mâles. Cette bizarrerie de la nature, par laquelle une cellule sexuelle femelle donne un mâle, caractérise les Hyménoptères.

Abeille

By Clownfish

Les ouvrières gavent de gelée royale les larves afin qu’elles donnent de nouvelles reines. Les jeunes reines n’hésitent pas à s’entretuer pour accéder au pouvoir si elles sortent en même temps de leurs cellules.
Sinon la première à sortir massacre celles qui sont encore dans leur cellule.

Ainsi, la nouvelle reine attire les mâles grâce à la phéromone afin d’être fécondée. Un vol nuptial unique s’effectue entre la reine et plusieurs faux-bourdons. Pour les mâles, le plaisir est de courte durée. La reproduction se termine, pour eux, par un abdomen arraché et une mort rapide.

La récolte du pollen et du nectar

Les abeilles s’éloignent parfois considérablement de la ruche pour récolter le pollen et le nectar.
Le nectar est un liquide sucré, sécrété par les plantes alors que le pollen est une fine poussière produite par les organes mâles des fleurs, les étamines.
Sa fonction est d’atteindre l’organe femelle des fleurs, le pistil, et de féconder l’ovule.

Quand une butineuse arrive sur une fleur, elle aspire avec sa trompe le nectar. Le liquide est stocké dans un réservoir spécialisé appelé le jabot.

Abeille en pleine récolte

Abeille en pleine récolte. By Barnoid

Pour le pollen, elle gratte les étamines de la fleur. Là, avec sa bouche, elle l’humecte de quelques gouttes de nectar régurgitées. Elle fabrique ainsi une boulette de pollen bien collante.
Tout en volant, elle fait passer cette boulette jusqu’à ses pattes arrière. Une structure en creux, la corbeille, permet de recueillir le précieux chargement.
Elle peut ainsi se constituer deux pelotes de pollen.

Abeille

By Bothered By Bees

De retour à la ruche, elle dépose son chargement de pollen dans les cellules de stockage et le nectar, qu’elle régurgite, sera ensuite transformé en miel.

L’abeille assure la pollinisation de nombreuses plantes en faisant ses récoltes.

La danse de l’abeille

Quand une butineuse trouve une source alimentaire particulièrement intéressante, elle communique sa trouvaille à ses congénères en pratiquant une danse que l’on a décryptée.

Elle revient à la ruche en ligne droite puis régurgite une partie de sa récolte de nectar. Là, elle exécute une série de mouvements stéréotypés. Elle frétille de l’abdomen puis effectue un rapide demi-cercle.
Elle refait le trajet en frétillant et fait un demi-tour mais en sens inverse.

Abeille

By Tim & Selena Middleton

Elle refait cette chorégraphie pendant plusieurs minutes tout en émettant des vibrations sonores avec ses ailes.
Les ouvrières, attirées par son manège, finissent par la suivre et reproduisent la danse. Subitement, elles quittent la ruche et se rendent au lieu précisé par l’éclaireuse.

On sait que l’axe du trajet "frétillant" indique une direction par rapport au soleil. Les distances sont indiquées en fonction de la rapidité des frétillements. Plus ils sont rapides, plus la source alimentaire est proche.

Abeille

Une abeille très curieuse. By Foto Dawg

Les odeurs qu’elle véhicule renseignent sur la nature de la trouvaille.

Il s’agit d’un vrai langage entre abeilles.

Le miel et la cire. Apiculture

Les abeilles sont friandes de toutes les substances sucrées. Elles récoltent par exemple le miellat qui tombe sur les feuilles des arbres. Le miel de sapin, tant apprécié, n’est rien d’autre qu’un produit dérivé des excréments de pucerons.

Le miel résulte d’un processus complexe. Pour simplifier, il faut savoir que le nectar subit des modifications chimiques sous l’action des sucs digestifs.
Il est partiellement déshydraté puis à nouveau ingurgité pour faire effectuer plusieurs trajets entre la bouche et le jabot.

A l’issue de cette série de malaxages et sous l’effet de certains enzymes, le nectar se transforme en une pâte moins fluide.

Cire d'abeille

Pollen et cire. © Paul Starosta

La pâte est stockée à l’intérieur des cellules et poursuit sa lente transformation en miel. Le miel constitue l’aliment de réserve de la ruche pendant l’hiver.

Les premiers documents faisant référence à l’apiculture remontent à l’Egypte antique. Mais, les bienfaits du miel étaient déjà connus de nos ancêtres.
Une gravure rupestre, dans la grotte de l’Araignée en Espagne, représente une scène où un homme entouré d’abeilles récolte le miel d’une ruche sauvage, il y a plus de 8 000 ans.

Apiculture

Apiculture en Inde. By Find Your Feet

Pendant des millénaires, la cire était la seule matière ayant des propriétés plastiques. Elle servait notamment à sceller les bouteilles et récipients.
Elle a ensuite été utilisée pour l’éclairage domestique. Ce n’est qu’au 19e siècle qu’on lui a trouvé des produits de substitution.

Actuellement, les pires ennemis des abeilles sont les pesticides et tous les traitements insecticides.

Classification: Animalia. Arthropoda. Insecta. Hymenoptera. Apidae. Apinae

V.Battaglia (01.2005). M.à.J 08.2012

Contribution à l'article: Catherine Simon. Jackie Lombard

Abeille africaine . Animaux détecteurs d'explosifs . Guêpe

Note sur Paul Starosta

Je remercie Paul Starosta pour son aimable autorisation de diffuser ses photographies. Ce photographe professionnel animalier est également l'auteur de plusieurs ouvrages sur la faune et la flore. N'hésitez pas à visiter son très beau site

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