Quand la hyène devient la Reine
Quand le lion perd sa couronne

« Roi des animaux » ou « tonnerre de la brousse », tels sont les qualificatifs qui ont été donnés au lion.
Le lion inspire la vénération ou la terreur mais jamais le mépris. Ce n’est pas le cas de la hyène qui, elle, suscite le plus souvent le dégoût.

Pourtant, le lion ne se montre pas toujours à la hauteur de sa royale réputation. A l’inverse, la hyène, si décriée, fait souvent preuve d’un courage que son ennemi de toujours pourrait lui envier.

La savane africaine est un monde cruel. Cet univers est régi par une seule loi : survivre. Manger ou être mangé, prédateurs et proies se livrent à un combat sans merci et qui n’a qu’une seule issue.

Nous sommes bien loin de tout comprendre. Certains comportements inattendus restent un mystère même chez une espèce autant étudiée que le lion.

 

Quand la hyène devient la reine

La hyène tachetée (Crocuta crocuta) est le prédateur le plus puissant d’Afrique, juste après le lion. Cette hiérarchie n’est d’ailleurs pas vraiment appropriée. Le lion est effectivement le seul félin à pouvoir chasser des proies de plus de 250 kg.
Cependant, la hyène qui chasse également en meutes peut tuer n’importe quelle proie.

Hyène

Crocuta crocuta. Hyène tachetée. © dinosoria.com

Autrefois surnommées injustement « les charognards peureux », les hyènes sont en réalité suffisamment massives et puissantes pour attaquer un gnou.

On a longtemps cru que la hyène n’était qu’un charognard qui survivait en chapardant les proies des chasseurs tel que le lion ou se contentait de quelques carcasses en putréfaction.
C’est totalement faux. La hyène est aussi bonne chasseuse que le lion, ou plutôt la lionne, devrais-je dire.

Hyene

La hyène est aussi bonne chasseuse que le lion. © dinosoria.com

Car comme on le sait aujourd’hui, le roi des animaux est un gros paresseux qui compte sur son harem pour survivre. (remarque humoristique à prendre au second degré car le rôle du mâle est primordial dans la survie d'un clan et donc de l'espèce)
Chaque fois qu’une horde de lionnes ou de hyènes met à mort une proie, le vacarme attire tous les locataires des lieux.

Et l’on a pu observer à de nombreuses reprises que c’est bien souvent les lions qui chapardent aux hyènes la proie fraîchement tuée.

Vidéo Des lions chapardent une proie à des hyènes

On n’est jamais tranquilles ! C’est sûrement ce que doivent se dire les lionnes harcelées par des hyènes. La piraterie est une excellente stratégie alimentaire. Il n’y pas de commune mesure entre la puissance d’un lion de plus de 200 kg et d’une hyène de 80 kg.
Pourtant, avec quelques manœuvres d’intimidation, une horde d’une vingtaine de hyènes peut conquérir une proie encore chaude.

Hyene qui se repose

Par journée trop chaude, la hyène se repose et prend un bain. © dinosoria.com

Après tout, les lions ne se gênent pas non plus pour pirater sans vergogne le repas des hyènes.
L’extrême compétition qui règne entre prédateurs de la savane a amené les hyènes à privilégier les chasses de nuit. Organisées en meutes redoutables, les hyènes tachetées sont imbattables pour ce qui est de la consommation d’os.

Hyene

La hyène massive peut s'attaquer en groupe à de grosses proies. © dinosoria.com

Se dépêcher de manger est essentiel si l’on ne veut pas être obligé de défendre son butin. Les hyènes engloutissent donc leur repas à une vitesse hallucinante.
On a déjà observé un groupe de 35 hyènes dévorer un zèbre et son petit en une demi-heure. Seules les parties cornées et les poils ne seront pas assimilées.

La journée, les hyènes se reposent à l’abri du soleil. Mais, elles ont l’ouie fine. Aussitôt que des cris d’agonie résonnent dans la savane, elles se mettent en chasse.

Une horde importante aura tôt fait de submerger les félins qui seront obligés de décamper.

Hyene qui rigole

Cette hyène semble se moquer des lions. By Nine Fingers . Licence

A la différence des lions, la structure sociale des hyènes tachetées est matriarcale. Les petits font l’objet des meilleurs soins. On n’a jamais observé d’infanticide chez les hyènes. Ce n’est pas le cas pour le lion comme on va le voir.

Quand le lion perd sa couronne

On sait depuis longtemps que lorsqu’un lion parvient à terrasser un chef de clan, il l’expulse de la harde.
Le nouveau roi tue ensuite les petits afin de pouvoir s’accoupler aux femelles. Ces meurtres assez fréquents sont justifiés par la survie de la lignée.
Par contre, jusqu’à présent, on n’avait jamais vu de lionnes tuer des lionceaux. On n’avait jamais non plus observé les membres d’un clan se battre entre eux.

Amours de lions

Amours de lions. © dinosoria.com

C’est pourtant ce qui s’est passé le 26 janvier 2005 dans la réserve du Massaï Mara. Cette scène étrange a été photographiée par Christine et Michel Denis-Huot, photographes et écrivains animaliers.
Vous pouvez retrouver le reportage dans son intégralité dans le magazine Terre Sauvage N°212.

Un clan de lion vit tranquillement dans une partie de cette réserve. En cette chaude journée, les lionnes partent en chasse comme à leur habitude.

Lion

En principe, les lions forment un clan solidaire. © dinosoria.com

Un troupeau de zèbres de Grant pourrait bien être un menu de choix. Mais, alertés par des babouins, les herbivores prennent la fuite.
Les lionnes, fins stratèges, anticipent les mouvements du troupeau et traversent un cours d’eau pour se poster à revers.

Lionceau

Ce zèbre fait un repas de choix pour le clan des lions. © dinosoria.com

La stratégie fonctionne et bientôt des hennissements de terreur résonnent.

Seulement, ce clan, en traversant ce cours d’eau, a empiété sur le territoire d’un autre clan. Les mâles du clan rival ne tardent donc pas à arriver et chassent impitoyablement les lionnes et leurs petits.
Le lendemain matin, le calme est revenu mais il manque trois des onze lionceaux qui se sont égarés dans le tumulte de la veille.

Lionceau

Un lionceau. © dinosoria.com

Une journée passe puis deux des petits égarés rejoignent enfin la troupe. Petits et adultes se flairent et tout semble bien se passer.
Mais, subitement, une femelle se montre hostile. Bientôt ses compagnes l’imitent.

Un des lionceaux, sentant l’hostilité, lance un coup de griffe à un mâle puis essaye d’en faire autant sur l’une des femelles hostiles.

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© Christine et Michel Denis-Huot

Subitement déchaînées, les femelles se jettent sur le petit et le jettent à terre sans ménagement.

Pour une raison inexplicable, toutes les lionnes se jettent sans prévenir sur les mâles.
Quelques lionnes se battent même entre elles.
Au paroxysme de la bagarre, le deuxième lionceau est également agressé. Grièvement blessé, il mourra peu après.

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© Christine et Michel Denis-Huot

La troupe se calme aussi vite qu’elle s’est déchaînée. Les femelles se regroupent alors autour du premier lionceau qui agonise.
Puis, elles lui tournent le dos et s’éloignent.

Une des femelles emporte le bébé qu’elle mangera seule un peu à l’écart de son clan.

Ces deux lionceaux faisaient partie du clan et parmi les assaillantes, il y avait la mère. Pourquoi les femelles ont-elles rejetées les deux jeunes à leur arrivée ? Pourquoi le clan a-t-il commis ce meurtre envers sa propre progéniture ? Pourquoi les adultes se sont-ils battus entre eux ?

Jeune lion

Lionne. © dinosoria.com

Autant de questions qui restent pour le moment sans réponse. Ce comportement est totalement inhabituel et, à ma connaissance, n’avait jamais été observé.

Tout cela nous prouve en tout cas que la structure sociale d’un clan comporte encore bien des zones d’ombre.

V.Battaglia (16.01.2006)

La hyène . Le lion au temps de la préhistoire

Source pour l’article sur les lions

Terre Sauvage N° 212. Article et photos de Christine et Michel Denis-Huot

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