Animaux < Fonds marins < Poissons < Prédateurs des abysses

Prédateurs des Abysses

Découverte des Fonds Marins

Les mers et les océans couvrent plus de 80% de la surface du globe.
Pourtant, on connaît mieux la Lune que les abysses. Dans les grands fonds sous-marins vit un bestiaire étonnant et redoutable encore méconnu.
Dans ce monde du silence où la lumière ne passe jamais, une guerre sans merci est ouverte.

La science n’y croyait pas

Jusqu’au début du 20e siècle, tous les scientifiques s’accordaient à dire que nulle vie n’était possible dans les grands fonds océaniques.
En 1841, E.Forbes affirme : » au-delà de 550 mètres, s’étend le grand « nulle-part » océanique, un immense enfer liquide aussi désert que l’espace intersidéral.

20 ans plus tard, des vers sont remontés de fonds de 1 800 mètres.
Dès cet instant, la chasse a commencé. On a découvert des poissons monstrueux, des invertébrés déguisés en végétaux et des êtres étranges venus de la préhistoire.

poisson dragon

Idiacanthus atlanticus. Photo Robin McPhee. oceans.gov.au

Cependant, la partie des océans située en dessous de 2 000 mètres représente 60% de la superficie totale de la planète.
Malgré le progrès technologique, nous sommes encore loin d’avoir tout découvert.

Un enfer liquide

Plus on descend, plus la température chute rapidement. Au-delà de 1000 m, elle chute au-dessous de 4°C. Elle se stabilise à 2°C environ en dessous de 2000 mètres.
La pression, elle, augmente. A 10 000 mètres, elle atteint 1 tonne/cm².
En dessous de 3 000 mètres, la lumière ne passe plus. Alors, dans des conditions aussi inhospitalières, comment la vie a-t-elle pu se développer ?

Une lutte incessante

A plus de 10 Km sous la surface, la vie est là. Pour ne pas être écrasés par la pression, les animaux des grands fonds ont éliminé de leurs corps les cavités remplies de gaz compressible, au profit d’organes pleins d’eau, indéformables.

Poisson des abysses

Posséder une gueule démesurée est un atout dans cet environnement. (capture d'écran la Planète bleue)

Faute de lumière, on ne trouve ni algue, ni phytoplancton en dessous de 300 mètres. La faune récolte les miettes du festin des espèces de la surface.

Cadavres, débris végétaux, particules organiques s’enfoncent dans les profondeurs. Grâce à cette aumône, la vie peut se maintenir. Les uns se nourrissent de ces débris, les autres dévorent les premiers.

Jusqu’à 3 000 mètres environ règnent d’étranges animaux. La plupart se distinguent par des gueules monstrueuses munies de dents acérées.

poisson abysse

Anoplogaster cornuta. © N.Wu

Pourtant, tous ces monstres sont des nains qui ne dépassent pas une dizaine de centimètres. En effet, dans cette zone intermédiaire, l’évolution semble avoir favorisé les petites tailles.

Les géants des abysses

C’est à partir de 4 000 mètres que l’on entre vraiment dans le désert abyssal. Pourtant, les espèces qui y vivent sont d’une taille bien plus impressionnante.
Des requins inconnus qui atteignent 7 m ont été filmés à 4 500 m.

L’insaisissable calmar géant que l’on ne connaît que par des cadavres retrouvés à la surface vit certainement à de grandes profondeurs. Quelle taille ces mystérieux prédateurs peuvent-ils atteindre ?

calmar géant

Un calmar géant. Photo prise le 22 février 2007/REUTERS/Ministère néo-zélandais de la Pêche/Handout / Reuters

Les dépouilles les plus grandes mesuraient une vingtaine de mètres. Mais les cicatrices laissées sur les cachalots démontrent que certains de ces monstres atteindraient des tailles bien plus imposantes.

Un cachalot peut mesurer jusqu'à 20 m pour 70 tonnes. Il chasse en grande profondeur. Il semble être le seul à oser s’attaquer au calmar géant.

cachalot

Cachalot. By Fboosman . (Blog de l'auteur)

On imagine l’intensité des combats. Certains cachalots harponnés portaient encore les stigmates de la lutte : des fragments d’énormes tentacules encore fixés sur le corps. Malheureusement, aucun calmar géant n’a été observé vivant à cette profondeur.

D’autres redoutables prédateurs

Si les calmars géants nous fascinent depuis longtemps, il existe d’autres prédateurs tout aussi passionnants.
Les grands fonds sont le terrain de chasse favori de la baudroie. Elle utilise un incroyable stratagème de chasse. A demi enfouie dans le sable, elle reste à l’affût. Pour attirer ses proies, elle agite un leurre, un rayon souple de sa nageoire dorsale, implanté entre les yeux.
Puissants prédateurs des abysses, murènes, congres et mérous sont également redoutables.

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

Photos © dinosoria.com

Des oasis inattendues

Au milieu des étendues abyssales où la vie est rare, se trouvent des oasis grouillantes d’espèces. En effet, au voisinage des sources hydrothermales d'une température de 350°C, vivent d’étranges espèces quasiment inconnues.

On a recensé plus de 300 espèces. Curieusement, ce sont dans les zones les plus hostiles, autour de ces sources à haute température, que prospèrent ces animaux. C'est en 1977 que le géologue John Corliss découvre ces énormes cheminées dont certaines font plus de 20 m. Elles ont été baptisées "hot vents" (sources chaudes ou fumeurs noirs).

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

Sources hydrothermales et faune. (captures d'écran la Planète bleue)

C'est en l'an 2000 que les scientifiques ont appris que ces sources apparaissent sur les dorsales océaniques (reliefs où s'écartent les plaques tectoniques ce qui laisse affleurer le magma incandescent).

Ce liquide hydrothermal est saturé de microorganismes qui nourrissent toute une chaîne alimentaire. On y trouve des vers géants de 2 m de long, des poissons ou des crustacés.

Cette eau est lourdement toxique et pourtant la faune semble s'y complaire.

Des mystères non résolus

Découvertes depuis seulement 25 ans, ces oasis gorgées de chaleur et d’hydrogène sulfuré restent mystérieuses ainsi que la faune qui les habite.
Il est très difficile d’observer la vie à une telle profondeur. Peu de sous-marins de recherche sont capables de descendre au-delà de 2000 mètres.

Les chercheurs ont calculé que ces sources ne restaient en activité que 6 ans en moyenne. Chaque zone thermale est éloignée de l'autre de plusieurs centaines voire de milliers de kilomètres. Dans ce cas, comment la vie a t-elle pu se développer dans un environnement aussi éphémère ?

Il faudra sans doute attendre l'expédition prévue en mars 2004 pour en savoir plus.

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

Le Tunicier vit dans les abysses. Son énorme capuchon se referme quand une proie passe à sa portée (captures d'écran la Planète bleue)

Jusqu'à présent, on pensait que la vie en profondeur datait de 400 à 350 millions d'années. Mais ces animaux ne sont pas des fossiles vivants inchangés depuis l'ère primaire. Les vers Riftia sont apparus au crétacé moyen (100 millions d'années environ) alors que d'autres espèces datent d'à peine 10 millions d'années.

On peut donc en conclure que ce milieu a connu des extinctions et des recolonisations.

Ces sources seraient-elles à l'origine de la vie sur Terre ?

Un enjeu primordial

La découverte de ces sources chaudes prouve que la vie peut se développer sans lumière et dans des conditions extrèmes.

Sternoptyx

Sternoptyx Capture d'écran © La planète bleue 2004 BBC

Cela modifie totalement notre vision de la vie extraterrestre. En effet, on sait maintenant que la vie peut exister sous d'autres formes et dans un environnement totalement opposé au nôtre.
On peut donc envisager la vie dans l'univers d'une manière différente. Il est fort probable que dans les années à venir la réalité dépassera la fiction.

V.Battaglia (01. 2004)

La faune des Abysses . Poissons des abysses

Bibliographie

Voyage au coeur du mystérieux. Selection du Reader's Digest 1996
Science & Vie N°1037 2004

< Poissons