La législation sur la protection de l’enfance
La législation impériale interdit en premier lieu
l’abandon d’un bébé sur la voie publique.
Elle décrète en parallèle la fondation, dans
la capitale et les villes de province, d’hospices où
les parents peuvent venir déposer leurs enfants.
Ce sont les premiers orphelinats.
En effet, si les parents peuvent à partir de cette date
abandonner légalement leurs enfants, de l’autre côté,
ceux qui souhaitent en adopter un, peuvent se rendre dans ces refuges.

Liu Dongbin, patron des enfants
(Illustration chinoise)
C’est donc une véritable administration qui se met
en place. Des bureaux de protection de l’enfance gèrent
ces hospices et recrutent les nourrices auxquelles les enfants sont
confiés.
Cette administration a une autre tâche, considérée
comme très importante en Chine : celle de relever la date
de naissance de l’enfant.
Cette date qui doit être précise est primordiale car
la configuration astrale influe, selon la tradition chinoise, sur
toute la destinée future.
Un remède contre l’infanticide
Cette législation a certainement remédié aux
abandons dans la rue mais a surtout largement diminué l’infanticide.
Dans le contexte troublé de l’époque, l’infanticide
était courant et nullement sanctionné.
Un bébé en trop était également synonyme
de division du patrimoine déjà bien pauvre. Aux 12e
et 13e siècle, la terre est rare en Chine et la population
paysanne dominante. On constate d’ailleurs par rapport à
des annotations de l’époque que les abandons augmentent
les années de mauvaises récoltes.

Enfant exposé sur les
flots (gravure de l'ouvrage du père A.Kircher, 1667)
Un auteur chinois note que les paysans les plus pauvres ne conservent
que quatre fils et trois filles. Ceux qui naissent après
sont tués à la naissance.
Un baquet d’eau est préparé quand une femme
doit accoucher d’un enfant non désiré. L’expression
commune est « baigner l’enfant » ce qui signifie
le noyer.
Des enfants esclaves
Les familles qui ne se résolvent pas à tuer les nouveau-nés
placent ces enfants vers 3 ou 4 ans comme domestiques auprès
de riches familles.
Ils sont soient placés gratuitement, soit vendus. Mais, Ibn
Battuta, un grand voyageur arabe, rapporte que ces enfants peuvent
se mettre en vente eux-mêmes.
Dans les milieux les plus pauvres, avoir une fille peut, paradoxalement
représenter une chance. En effet, dans la capitale, Hangzhou,
les concubines, dames de compagnie et cuisinières sont très
recherchées.
Autant dire que la plupart de ces enfants travaillent gratuitement
à vie.
L'infanticide en Chine au 20e siècle
Cette législation très innovante répond également
à l’idéologie de la famille. La perpétuation
du nom est omniprésente dans la culture chinoise. Il faut
donc à une lignée une descendance nombreuse afin de
ne pas risquer l’extinction du nom. N’oublions pas que
la mortalité infantile à cette époque est très
importante.
Cette préoccupation majeure défavorise bien sûr
les filles puisque seuls les garçons transmettent le nom
de famille. Du point de vue des souverains, cela rend encore plus
intolérable l’abandon des petits garçons.
Bien que cette mesure soit en réalité basée
sur un sexisme évident, elle a eu le mérite de ralentir
pour un temps les infanticides.

Un orphelinat chinois dans l'entre-deux-guerres
Cette mesure est loin, bien sûr, d’avoir été
appliquée à la lettre. Pour preuve, en 1950, la toute
jeune République populaire de Chine, précise dans
son article 13, qu’il est formellement interdit de noyer les
nouveau-nés.
Malheureusement, la Chine, faute de mesures appropriées,
a connu une explosion démographique. Cette explosion a conduit
à la politique de « l’enfant unique » qui
a prévalu à partir de 1970.
Mais, dans les campagnes, la valorisation du garçon s’est
perpétuée. Les parents mettant au monde une fille
avaient donc un sentiment d’injustice.
Les infanticides se sont multipliés à partir de cette
date. Les nouveau-nés de sexe féminin étaient
noyés en grand nombre dès la naissance.
Malgré de sanctions allant jusqu’à 15 ans de
réclusion, l’infanticide des fillettes a repris dans
les années 1980.
Devant cette véritable hémorragie, le gouvernement
a assoupli la loi en autorisant les parents à avoir un deuxième
enfant au cas où le premier est une fille.
On ne précise pas ce qu’il advient quand les deux premiers
sont de sexe féminin ….
Cependant, il faut souligner que l’Occident ne mettra en
place une législation pour la protection de l’enfance
que sept siècles plus tard, sous la Révolution française.
V.B (09.2005)
Dossier Complémentaire
La
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